Diète médiatique : zigouiller la morosité ambiante et vivre au présent.

titres journaux diète médiatiqueQu’est-ce que ça évoque pour vous la diète médiatique ? La diète, c’est quand on a pas trop d’appétit ou quand on a fait des excès. D’accord. Médiatique : relatif aux médias nous dit le Larousse. Bon, donc la diète médiatique c’est quand on n’a pas d’appétit pour les médias ? C’est ça ! Mais quel rapport avec le bien-être ? Un rapport direct comme vous allez le voir.

Ça va ?

Qui n’a pas entendu cette question à un moment ou à un autre de sa journée ? C’est un petit automatisme acquis que nous appliquons dès que nous rencontrons quelqu’un, par exemple en arrivant au boulot le matin : « Salut, ça va ? » Ce à quoi en général, on répond invariablement « Oui, et toi ? » même si ça ne va pas du tout. Votre interlocuteur s’acquitte de la même réponse et le tour est joué. Évidemment, si vous avez la tête à l’envers et que vous êtes un tant soit peu proche de la personne à laquelle vous vous adressez, celle-ci va noter que quelque chose cloche, vous le fera éventuellement remarquer et alors peut-être viderez-vous votre sac.
De quoi est-il rempli ce sac que vous trimbalez après vous ? De vos soucis liés au passé, de vos angoisses du moment et de vos craintes de l’avenir ! Un beau gros sac à problèmes ; et certains jours, il est d’une lourdeur ! Il vous faut une sacrée énergie pour le traîner après vous. Sans aucun doute, cette énergie est gaspillée, il serait bien plus profitable de l’utiliser à construire votre vie, à avancer vers vos objectifs personnels. Facile à dire.

Bof, ça va pas fort …

Qu’est-ce qui remplit mon sac à problème ? Voilà la question qu’il faut se poser. Beaucoup de choses comme les préoccupations liées à des événements qui se sont produits dans ma vie : ces événements passés continuent de me tourmenter à chaque fois que j’y repense (décès, maladies, violences … ) mon cerveau ne fait pas la différence entre le réel (ce qu’il se passe en ce moment) et le virtuel (le fait de repenser à ce qu’il s’est passé hier). Pour éviter de vivre sempiternellement les mêmes blessures il faut que j’évite de ressasser : chaque rumination me fait revivre l’événement comme si j’y étais. C’est la double, la triple, la quadruple peine (je m’arrête là mais chaque rumination, c’est autant de photocopies de l’expérience initiale). Ce que je vis en ce moment est amplement suffisant, ça alimente mon sac et je dois m’en occuper pour faire en sorte de l’alléger sinon, je vais perdre de l’énergie et ça c’est très néfaste pour moi. Pas de ruminations donc et pas de supputations non plus ! Ah bon ? Non ! Ça aussi c’est pas bon. Si je suis dans le futur constamment à me demander de quoi demain sera fait, j’invente une réalité à venir dont je ne sais rien et qui la plupart du temps se révélera fausse ! Résultat, si je suis adepte de catastrophisme, je vais imaginer des choses terribles qui ne se produiront surement jamais. Et comme mon cerveau ne fait pas de différence entre le réel et le virtuel, si je pense qu’il va m’arriver des problèmes c’est comme si je les vivais ! Et zou, je fourre tout ça dans mon sac ! Voilà pourquoi il est parfois si lourd. Vous remarquerez au passage que si je suis entrain de réaliser des films catastrophes, évidemment je ne suis pas là, ici et maintenant, je ne vis pas au présent, je suis bien trop occupé avec ce qui ne m’arrivera probablement jamais. Pas bon ça, pas bon du tout …

Les amplificateurs de mal-être

Il y a plusieurs éléments qui peuvent amplifier notre mal-être. Ces éléments sont par exemple capables de nous rappeler un passé douloureux : une personne qui nous fait des reproches ou qui nous fait culpabiliser pour quelque chose que nous avons dit ou fait ou pas dit ou pas fait … ou même parfois pour quelque chose que nous aurions dû faire (elle sait ça mieux que nous bien sûr), une personne toxique pour nous donc. L’actualité a sa place dans cette catégorie : qu’un événement dramatique se produise et nous en avons pour plusieurs semaines d’info en boucle pour une rumination collective savamment orchestrée. Le terrorisme est un bon exemple mais il y a aussi certains sujets récurrents qui reviennent inlassablement telles des piqûres de rappel (des fois qu’on oublie) comme les banlieues, le chômage, la crise, les étrangers, la sécurité, le climat, etc … La peur est vendeuse, que ne ferait-on pas pour effrayer les braves gens !
D’autres éléments ont la capacité de nous faire craindre l’avenir : là encore, une personne catastrophiste verra toujours le mal partout et nous mettra en garde à tout bout de champ contre les conséquences désastreuses que pourraient avoir nos actes éventuels … Ce qui à terme pourrait bien nous filer la trouille. Et les médias ? Ils ne sont pas en reste non plus pour souligner ce qui ne va pas et nous décrire en détails comment ça ira encore plus mal bientôt.

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J’ai encore en mémoire le délire de la grippe H1N1 ! Je ne lancerai pas de débat ici pour savoir à qui profite le crime, mais souvenez-vous, il fallait vite aller se faire vacciner parce que nous allions tous mourir. Il était impossible d’allumer la radio sans entendre parler de ce virus qui pourtant à tué beaucoup moins de monde que la cigarette ou les accidents de la route ! Difficile de rester zen quand les mêmes alarmes sont matraquées à longueur de journée !

Ma diète médiatique

Le décor est posé. Je me souviens très bien des attentats du World Trade Center en 2001, j’étais enceinte à cette époque et ces images des tours qui s’effondrent comme des châteaux de cartes m’ont durablement marquées (j’ai remarqué que lorsque j’étais enceinte ma sensibilité était exacerbée) : sur l’instant j’ai même eu peur de mettre mon bébé au monde ! Le matraquage à l’époque a été intense. Je ne dis pas qu’il ne faut pas s’intéresser au monde qui nous entoure mais je pense que se plonger dans l’horreur ainsi en voyant et revoyant des images de pareilles tragédies ne présente aucun intérêt ni personnel, ni collectif. Je ne sais si les attentats de Paris en 2015 ont fait l’objet du même matraquage puisque depuis avril 2015, je pratique une diète médiatique intégrale. Je n’écoute pas les infos à la radio, je ne regarde pas le journal télévisé, je ne lis pas le journal papier (mon mari est abonné au Dauphiné libéré et me fait parfois part d’informations locales, mais il sait que je ne suis pas friande de ça : je prends connaissance de l’information puis je procède à un rangement vertical immédiat, la corbeille dans un coin de mon cerveau).

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Cette diète médiatique ne m’empêche pas d’être au courant des événements vraiment graves (tout le monde en parle) et il me suffit de voir les unes des journaux dans les kiosques ou à la devanture des magasins de presse pour être au courant : je n’ai pas besoin de plus, les débats passionnés, les scandales politico-financiers, les détails des tueries, les images chocs ne m’intéressent pas. Je trouve tout ceci extrêmement anxiogène. Ça développe les peurs compulsives, les haines, les a priori, les idées toutes faites prêtes à consommer (une sorte de Fast Think, par analogie avec le Fast Food : le prêt-à-penser).
Cette diète médiatique ne m’empêche pas non plus de m’informer des découvertes scientifiques, des avancées technologiques ou de la vie culturelle : dans tous les cas je reste actrice, je choisis de m’informer sur tel ou tel sujet, je ne subis pas, je ne suis pas prisonnière.

Les bénéfices de la diète médiatique

Nos pensées agissent sur notre humeur, sur notre bien-être et donc aussi sur notre santé. Il me paraît essentiel de prendre garde à nos pensées et d‘arrêter toutes ces ruminations parasites qui nous empêchent de vivre ici et maintenant. J’ai choisi de me lancer dans cette diète médiatique à un moment de stress intense où j’atteignais la limite de mon supportable, il me fallait délester rapidement. C’est un peu comme une montgolfière qui descend trop bas et qui commence à effleurer la cime des arbres, il faut lâcher du lest pour remonter. Arrêter d’écouter les mauvaises nouvelles a été mon premier délestage, la première chose que j’ai balancé par-dessus bord sans hésitations et surtout aujourd’hui sans aucun regret !

Les nouvelles sont mauvaises d’où qu’elles viennent
« Est-ce que tout va si mal ? »
« Est-ce que rien ne va bien ? »

Comme le dit Stephan Eicher dans sa chanson j’ai décidé de déjeuner en paix !
Le bilan après neuf mois de diète médiatique intégrale est complètement positif ! J’ai gagné en sérénité, je ne prends plus en pleine figure les nouvelles désastreuses du monde, je ne subis plus le harcèlement des médias qui ont une fâcheuse tendance à souligner le laid et à oublier le beau ou en tous cas à passer dessus rapidement parce que ce n’est pas ça qui fait l’audience.
Je ne suis plus soumise à l’anxiété générale et j’ai repris espoir dans l’humain : je ne pense pas que l’homme soit si mauvais mais je suis sûre que le matraquage médiatique des mauvaises nouvelles tend à nous le laisser croire. Il ne tient qu’à nous de voir les choses autrement. Déplacer notre point de vue, changer de perspective. De ma propre expérience, les médias ne retransmettent pas toujours l’intégralité des faits, inventent parfois les informations qu’ils n’ont pas et ne vérifient pas systématiquement celles dont ils disposent : nous sommes informés d’après ce qui paraît être vrai à première vue dans l’éventualité où la réalité est bien ce qu’elle semble être… Mais tout cela nous est servi comme des faits et la plupart des gens les considèrent comme irréfutables : « Ils l’ont dit à la télé ! » Les informations sont à prendre avec des pincettes et avec l’esprit critique en alerte.
texte journalPuisque je ne connais que les gros titres aujourd’hui, je ne suis pas inondée par les détails brodés au fil des jours et qui parfois se contredisent, laissant les lecteurs ou les auditeurs perplexes et confus. Lorsque quelque chose ne nous paraît pas clair, nous cherchons à le clarifier et notamment à y trouver une explication, ce qui ouvre le champ à toutes sortes de surenchères, de délires voire de théorie du complot dans certains cas. Il suffit de jeter un œil aux commentaires des internautes sur les sites d’informations … Aujourd’hui je me tiens loin de tout ça et je m’en porte beaucoup mieux. Peut-être que la diète médiatique intégrale vous paraît trop difficile à mettre en place, vous qui écoutez les radios d’info en continue au petit déjeuner ou la revue de presse dans la voiture, commencez par réduire la dose puis vous verrez bien si vous voulez aller plus loin et vous libérer complètement comme je l’ai fait. Quoi que vous fassiez, tenez-moi au courant ! Prenez soin de vous.

Isabelle.


Photos : Isabelle Ducau

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4 Commentaires sur "Diète médiatique : zigouiller la morosité ambiante et vivre au présent."

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Delphine M.
Invité
Tout à fait d’accord sur la diète médiatique – complète ou partielle. Je la pratique moi-même depuis quelques années (ne me souviens plus de quand exactement) après avoir été…journaliste de profession ainsi que porte-parole dans une grande agence. … ! Pour les mêmes raisons que toi (si je peux me permettre le tutoiement) je n’en pouvais plus et ai voulu couper avec toutes ces horreurs qu’on nous servait à longueur de journée. Je pense que cela remonte peut-être à 2013 ou 2014 pour moi. Au point qu’aujourd’hui, je me permets de temps en temps d’écouter la radio dans la voiture… Read more »
Gérard
Invité
Chère Isabelle, Vivre au Présent ! Nous sommes d’accord sur ces deux termes. Vivre pleinement, ressentir entièrement, j’allais dire farouchement, cet instant, ce moment fugace qu’est le Présent. Pertinemment on sait qu’il est unique, périssable ; et le piège est là : unique et fugitif – pas de reset. Allez ! pas besoin d’écran télé ou de médias interposés vivons. Soyons élégants, soyons gourmets, mais surtout soyons vigilants. Car dans notre univers d’abondance… – nous, nous qui ne sommes pas affamés – il pourrait être tentant de goûter avec une certaine délicatesse quelques mets par-ci par-là, ou avec la foi de l’amateur, patauger dans… Read more »
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