Petites réflexions sur l’art de la simplicité

la simplicité des trèflesJ’ai envie d’explorer l’art de la simplicité, de disserter sur nos attitudes et nos schémas de pensée. Je vous propose une petite réflexion sur l’art de faire compliqué, un travers qui rend la vie difficile et en réduit la saveur.
Mais ce n’est pas toujours simple de faire simple. Nous avons parfois des barrières mentales ou des conditionnements dont nous ne sommes même pas conscients qui nous empêchent de voir la simplicité des choses. Au fond, c’est quoi l’art de la simplicité ? Pas si simple.

Qu’est-ce que la simplicité ?

Une citation de Léonard de Vinci, génie de la Renaissance italienne me paraît être un bon point de départ pour cette réflexion :

La simplicité est la sophistication suprême.

En lisant cette citation, j’ai pressenti la figure de style. J’apprécie cette possibilité de travailler la langue française. Intégrer une figure de style dans une phrase, c’est un peu comme mettre ses habits de fête : un plus indéniable pour mettre en valeur le contenu. J’avoue que pour celle-ci j’ai dû chercher son petit nom. L’emploi dans une même phrase de deux mots de sens opposés comme « sophistication » et « simplicité » est une alliance de mots ou plus littérairement parlant, un oxymore.

Selon le Larousse, la simplicité est le caractère de ce qui est peu compliqué, facile à comprendre, à exécuter, à utiliser. Il me semble que la simplicité est subjective. Ce qui paraît simple à l’un peut avoir l’air complexe à l’autre selon les connaissances dont chacun dispose pour aborder le sujet concerné. La simplicité est donc relative.

La simplicité c’est aussi le dépouillement, l’absence de luxe et de fioritures. Cela évoque la quintessence, la substantifique moelle ou l’essence des choses. Se dépouiller du superflu permet d’accéder à une certaine sérénité. S’alléger c’est apprendre à mieux se connaître. Le dépouillement revient au goût du jour comme l’exprime notamment le livre de Marie Kondo, « La magie du rangement ». En effet, ranger a quelque chose de magique. Trier, donner et se débarrasser de ce dont nous n’avons pas besoin peut nous soulager, nous alléger mentalement et même nous mettre en joie ! J’ai commencé à expérimenter personnellement cette magie et j’en reparlerai lorsque j’aurai fini. Ranger ses possessions permet de ranger sa vie.

Montagne l'art de la simplicité

Choisir de se contenter de peu n’a rien à voir avec une pauvreté subie. Choisir de se débarrasser du superflu relève d’une décision personnelle et d’une démarche volontaire. Vivre chichement par obligation relève d’une situation non choisie et subie à contre cœur : une situation difficile qui suppose beaucoup de frustration et de ressentiment. Le dépouillement volontaire et la pauvreté subie sont deux cas de simplicité diamétralement opposés. Il faut peut-être d’abord avoir été riche ou tout au moins à l’aise pour pouvoir choisir de se dépouiller. Je me dis qu’il faut peut-être avoir au moins une richesse intérieure à défaut de possessions matérielles pour embrasser l’art de la simplicité. Être riche des biens matériels ou être riche de sagesse pourrait permettre de s’ouvrir à l’art de la simplicité pour accéder à une vie plus épanouie et plus remplie. Il me vient l’image d’une sorte de vase communicant : moins de richesses matérielles se compense par plus de richesses intérieures. Ma réflexion est la suivante : la course aux richesses matérielles ne serait-elle finalement que l’expression d’un certain vide intérieur ?

La simplicité est facétieuse

Il est des situations où la simplicité se cache à nos yeux. Elle ne se laisse approcher que par ceux qui se donnent la peine de chercher au-delà des apparences : les fantaisistes ou les rêveurs, les utopistes ou les idéalistes. Ceux qui s’autorisent à voir les choses autrement à changer de regard.

Pour explorer un peu cette idée, je vous propose pour commencer de plancher sur une petite énigme. Rien de bien compliqué puisque notre propos est l’art de la simplicité. Mais c’est une façon de questionner nos idées limitantes… Une manière de tester notre regard sur les choses. Nous arrêtons-nous aux apparences ou bien osons-nous regarder au-delà ? C’est un petit peu comme prendre du recul pour se rendre compte qu’il y avait toute une forêt derrière l’arbre qui se dressait devant nous.

Voici neuf points disposés en carré :

Essayez de passer une fois sur chacun de ces points en traçant quatre segments de droite consécutifs sans lever le crayon.

Je vous laisse réfléchir au problème et me faire part de vos observations éventuelles dans les commentaires ou par le biais de la page de contact. Je reviendrai compléter ce billet pour vous donner une solution dans quelques temps. Je ne vais pas vous laisser le bec dans l’eau !

Pour pousser la réflexion plus loin, je vais m’appuyer sur le chercheur et essayiste Albert Jacquard et reprendre un extrait de son livre « L’équation du nénuphar ». J’aime beaucoup ce passage qui donne une idée des attitudes que nous sommes susceptibles d’avoir dans la vie. Dans cet extrait, il oppose conformisme et inventivité et je me rends compte que l’inventivité est liée à l’art de la simplicité !

Bien sûr, apprendre nécessite de passer par les chemins que nous indiquent ces guides que sont (ou devraient être) les enseignants. Mais il est parfois utile de s’égarer dans des sentiers non indiqués. Ils peuvent être des impasses, mais parfois ils nous conduisent plus vite au but. Pour le faire comprendre à mes interlocuteurs, j’aime leur raconter l’histoire de cet instituteur qui, pour avoir un peu de tranquillité pendant que ses élèves sont penchés sur leurs pupitres, leur demande d’écrire les nombres de 1 à 100, puis de les additionner.

Trois comportements sont alors possibles :

Celui des « bons élèves » qui font ce qu’on leur dit de faire ; laborieusement, ils additionnent les nombres les uns après les autres ; il est probable qu’ils se tromperont dans les retenues au moins une fois et n’obtiendront pas le bon résultat. Lorsqu’ils atteignent les environs de 80, ils sont rongés par l’angoisse d’avoir déjà commis une erreur, ce qui rendra faux le total final, même s’ils ne font plus aucune faute. Ils passent tout au long de cet exercice un moment fort pénible. Mais n’est-on pas sur cette Terre pour souffrir, et ne va-t-on pas à l’école pour travailler ?

Celui des « affreux loubards » qui se révoltent devant des travaux trop fatigants à leur gré. Écœurés par un exercice aussi déplaisant, ils n’essaient même pas d’additionner 1 et 2 , déchirent les cahiers, déclenchent un super-vacarme, et l’instit n’a d’autres recours que d’aller chercher monsieur le directeur. Ils se sont bien amusés pendant quelques minutes, tant pis pour les heures de colle qui suivront. Mais n’est-ce pas le jeu dans cette société où tout se paye ?

Celui enfin des « utopistes » qui s’efforcent de meubler chaque instant de leur vie d’activités agréables, préparant pour la suite des activités plus agréables encore. Le travail proposé n’est évidemment pas joyeux du tout ; avant même de commencer, ils imaginent leur angoisse lorsqu’ils auront cheminé jusqu’aux environs de 70 ou 80 sans savoir si le total déjà obtenu est exact ou non, car ce total intermédiaire constamment changeant ne peut être vérifié. Le parcours proposé allant de 1 à 100 est décidément trop ennuyeux ; essayons un autre chemin ; pourquoi pas en spirale, en épuisant la collection des nombres par les deux bouts ? Ajoutons le 1 au 100, puis le 99 au 2, puis le 3 au 98 … Merveille, le résultat est chaque fois le même, 101, et cela continuera jusqu’à ce que je parvienne au milieu de ma liste, où 50 ajouté à 51 donnera bien également 101. J’aurai cinquante fois obtenu 101. « Monsieur, le total est 101 x 50 = 5 050. » Et si l’instituteur excédé lui demande de faire l’addition des 10 000 premiers nombres, il peut répondre aussi rapidement : il suffit d’additionner le premier et le dernier et de multiplier par la moitié. Cet élève a compris que l’on est sur Terre pour être heureux, que l’on va à l’école pour s’amuser, et que les cours de maths doivent être des occasions de bien rire.

Le Mont-Blanc au lever du soleil

L’art de la simplicité ou sortir des sentiers battus

Cette anecdote est assez révélatrice du formatage dans lequel beaucoup d’entre nous sont englués. L’école participe beaucoup à faire entrer les individus dans des cases de gré ou de force. Si je m’imagine à la place des élèves à qui le problème a été posé au même âge, je suis pratiquement certaine que j’aurai laborieusement additionné les 100 premiers chiffres : j’étais ce qu’on appelle une élève studieuse qui faisait ce qu’on lui demandait.

Aujourd’hui, je me rends compte que ce genre de défi titille mon cerveau. Je prends l’objet de la réflexion et le regarde sous toutes ses coutures. Je ne dis pas que je trouverais forcément la solution. Par contre je sais que je suis plus curieuse qu’avant. Avant quoi ? Avant le burn-out, mais pas que. Je me rends compte qu’avec l’âge ma perception du monde change et devient plus subtile, plus nuancée. Je suis davantage tentée d’aller visiter les impasses et les sentiers non balisés qui recèlent souvent des petites pépites ou ouvrent des passages vers d’autres façons de voir ou de penser. L’art de la simplicité c’est aussi d’accepter les tours et les détours de la vie. Paradoxal ? Pas tant que ça finalement : il me paraît plus simple d’accepter que de lutter à contre-courant pour aller de l’avant alors que ce n’est pas le moment. Cette réflexion me réjouit parce que je me dis que rien n’est figé. Nous sommes en constante évolution et je trouve cela porteur d’espoir pour l’avenir.

Il n’est jamais trop tard pour exercer son esprit constructif, pour explorer des voies nouvelles et pour questionner ses propres schémas de pensée. Bien souvent nous avons tendance à nous compliquer inutilement la vie et à chercher midi à quatorze heures. Lorsque nous avons des problèmes où que nous ne sommes pas heureux, nous cherchons des responsables à désigner et des solutions autour de nous, alors que la simplicité est la clé : les solutions sont en nous. Les responsables se réduisent à une seule personne : nous et notre manière de voir les choses, de les analyser et de les percevoir. D’accord, ce n’est pas si simple. Comme le disait Mary Burmeister à propos du Jin Shin Jyutsu : c’est « complicament » simple ! Voilà peut-être pourquoi j’apprécie autant cet art énergétique.

Pratiquez l’art de la simplicité et voyez ce qu’il en ressort.

Prenez soin de vous,

Isabelle.


2 réflexions sur “Petites réflexions sur l’art de la simplicité

  1. Suny dit :

    Coucou Isabelle !
    Cet article fait écho en moi (comme beaucoup de tes articles d’ailleurs)… la preuve avec le nouveau titre de mon propre blog ! ^^
    Depuis quelque temps déjà, je tends à la simplification de ma vie, matérielle autant qu’intérieure. Et je me rends compte que tout est lié ; plus on simplifie, plus il est simple de simplifier, c’est une courbe exponentielle qui a un effet incroyable sur l’être intérieur et extérieur. Par contre je sais pas toi (et je ne sais pas si c’est lié à ça ou à d’autres choses dans ma vie… quoique toutes ces choses sont liées !), mais avant d’arriver à la sérénité que je commence à trouver aujourd’hui, il m’a fallu passer par une période difficile et compliquée. Peut-être que pour goûter la simplicité, il faut connaître la complexité avant ! (ce qui rejoint bien l’opposition que tu fais entre simplicité volontaire et situation subie).
    Euh, bref, je ne suis pas en train de faire simple, là ! (bon, c’est lundi matin, je reviens de 4 jours en bord de mer, dur dur…)
    Bel article en tout cas 🙂
    Gros bisous et belle semaine !

    • Isabelle dit :

      Coucou !
      Merci Marianne, la simplicité m’oblige à me questionner et donc à douter. C’est peut-être la complexité que tu évoques… Mais c’est vrai que ça change des choses et finalement ça fait beaucoup de bien.
      Bises et bonne semaine, en toute simplicité 😉

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