Jurons, gros mots, grossièretés : stop !

jurons grosmots insultes grossièretésEn toute honnêteté, qui d’entre vous ne dit jamais de jurons ? Un, deux, trois … Mhmmm … je ne vois pas beaucoup de mains levées ! Moi la première, j’ai eu ce travers d’utiliser parfois des interjections qui venaient ponctuer mes phrases sans apporter grand-chose de plus à mes propos qu’un certain poids… en cas de surprise, de colère voire de douleur… Mais ça, c’était avant ! Avant que lors d’une discussion avec mon mari je n’aie une idée qui allait changer cet état de fait . Notre langage influe sur l’image que nous avons de nous-même et sur celle que nous donnons aux autres. Or l’image de soi pour le bien-être c’est important. Il n’y a pas de fatalité. Si vous aussi vous avez ce travers et que vous voulez vous en débarrasser, lisez ce qui suit. Vous découvrirez comment nous avons réussi à faire disparaître cette manie d’employer des gros mots qui ont la malice de sortir de notre bouche sans qu’on s’en rende vraiment compte.

État des lieux des jurons maison

Un jour que les filles étaient chez leur père et que nous discutions tous les deux, mon mari me fit remarquer que nous disions beaucoup de gros mots dans la famille. Toujours les mêmes certes mais quand même beaucoup trop. Il trouvait que ce n’était pas top et sur ce point j’étais d’accord avec lui. Difficile de dire qui en disait le plus des quatre mais j’avais noté que depuis que mon ado préférée avait attaqué le collège, son vocabulaire s’était enrichit de ces mots fleuris, influencée sans doutes par certains de ses camarades qui ponctuaient leur phrases à l’aide de jurons, délaissant les virgules et les points sûrement jugés trop académiques… Il est vrai que dans certaines circonstances les jurons fusent rapidement, comme par exemple lorsque pied nu vous vous cognez le petit orteil dans l’angle de l’armoire de la chambre… vous voyez ce que je veux dire ?

Le top 5 des jurons les plus usités chez nous était le suivant :

Putain : sans y penser dans certaines phrases, un peu comme une virgule, on en aurait presque oublié que c’est un gros mot. Il est aussi souvent associé à « fait chier » quand quelque chose ne va pas comme on le souhaite.
Exemple : en regardant une vidéo marrante : « Putain, c’est trop drôle ! »

Merde : en général lors d’un oubli de quelque chose d’important ou sous le coup de la colère, il peut être associé à d’autres jurons
Exemple : je découvre une myriade de boulettes de pâte à modeler de toute les couleurs dans le lit de la louloute au moment du coucher, alors qu’il est déjà plus de 21h, que je suis agacée de voir que l’heure du coucher est trop tardive et que la chambre est dans un désordre monstre parce que la miss a joué l’après-midi avec ses copines et a omis le détail du rangement, la goutte d’eau quoi … « Merde alors !!! C’est quoi ce bordel ? » Oui là, tout y passe !

Fait chier : une expression très prisée de mon ado préférée lorsqu’on lui demande de mettre la main à la pâte alors qu’elle est occupée à une tâche de la plus haute importance à ses yeux ou quand sa sœur ou ses amis la titillent un peu plus que sa capacité à le supporter dans l’instant.
Exemple : après s’être pris le chou avec une copine à propos d’un sujet sensible « Elle commence à me faire chier celle-là ! »

Bordel : le juron favori de monsieur lorsque le curseur de sa patience arrive dans la zone rouge.
Exemple : découvrant que le canapé a disparu sous un amas de jouets, vêtements, livres et autres magazines et qu’on ne peut plus l’utiliser à ce pour quoi il est initialement prévu : poser ses fesses « Mais c’est quoi ce bordel ? »

Con : un terme plutôt employé pour parler des désespérés de la vie qui ont à notre égard un comportement que nous estimons inapproprié à la vie en société.
Exemple : un automobiliste qui me fait une queue de poisson à qui je signale ma réprobation par un appel de phare et qui me répond par un doigt d’honneur « Non mais quel con celui-là ! » histoire de marquer l’indignation.

Pas joli joli tout ça.

Comment changer ?

Le constat était fait et l’envie de faire évoluer les choses était là : il restait à trouver comment faire. Basé sur une expérience menée au boulot, mon mari évoqua la possibilité d’ouvrir une sorte de compte à jurons : un juron égale un bâton et au bout de 10 bâtons un gage. Je trouvais que 10 jurons c’était beaucoup, ça laissait pas mal de temps pour se défouler. Il proposa d’abaisser la limite à 5 jurons. Il m’expliqua qu’au boulot ils avaient mis ça en place et celui qui dépassait le score maxi devait apporter des croissants à tout le monde.
Outre le fait que cette méthode ne me séduisait guère sur le plan nutritionnel, je me demandais quel gage nous pourrions trouver qui s’appliquerait aussi bien à nous qu’aux filles. Nous nous sommes creusé la tête un moment sans succès.
Il y avait aussi un point qui me chiffonnais dans cette approche coercitive, c’était justement le côté punitif. Mon avis est que les punitions sont contre-productives et le fait est que lorsque j’en utilisais je me suis rendue compte que je les employais toujours pour les mêmes motifs, preuve s’il en était de leur inefficacité ! Donc exit les punitions qui pèsent à tout le monde : les victimes qui subissent l’affaire mais ne changent pas pour autant leur comportement… et moi qui doit me creuser la tête pour trouver une punition puis me tenir à la faire appliquer (lorsque vous avez privé la louloute de copines et qu’elle est là à tournicoter et à chouiner « Je m’ennuie… » alors que vous avez précisément besoin de calme, vous vous demandez quelle idée saugrenue vous avez eu de la priver d’aller chez ses copines!)
Soudain, eurêka ! Et si on mettait en place une surveillance mutuelle ? Mon mari a haussé le sourcil « C’est à dire ? »

mer deux

Mer…                                                                                        …deux !

Détection des jurons et autres vulgarités

L’idée était la suivante : chacun surveillerait le langage des autres membres de la famille et lorsque l’un d’eux dirait un gros mot, il lui ferait remarquer qu’il avait dit une grossièreté et lui demanderait de recommencer sa phrase sans le mot interdit. Je lui expliquait qu’il y a quelques années j’avais mis en place un système pour endiguer les jurons et autres expressions inappropriées des filles : lorsque l’une des deux disait un gros mot ou une expression vulgaire, je lui demandais de trouver 10 synonymes pour dire la même chose sans vulgarité. Cela enrichissait leur vocabulaire certes, mais la technique ne permit pas d’éradiquer les jurons pour autant. Savez-vous pourquoi ? J’ai ma petite idée là-dessus. Je pense que si cela n’a pas fonctionné, c’est que je ne me suis pas incluse dans le système, les enfants apprennent plus par ce qu’ils voient que par ce que nous leur disons : si je leur demande de ne pas dire de jurons mais que dans le même temps il m’arrive d’en employer, je ne suis pas crédible ! C’est exactement ce que je pense lorsque j’entends dans un magasin une mère excédée dire à son gamin :

« T’arrêtes de taper ta sœur ou je t’en mets une ? »

Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais : ça ne peut pas marcher.
Mon mari approuva l’idée de la surveillance mutuelle et pointa le fait que les filles pourraient même trouver cela amusant. Nous décidâmes de leur en parler dès qu’elles rentreraient. La chose me semblait assez ludique pour espérer remporter leur l’adhésion facilement.
Lorsque toute la famille fut réunie un soir, je proposais un conseil de famille pour examiner ensemble une proposition. Chacun s’assit autour de la table et j’exposai le problème concernant le fait que nous utilisions beaucoup trop les jurons. Tout le monde était d’accord sur ce constat. Je proposai ensuite notre idée de surveillance corrective. Les filles trouvèrent que c’était facile et apprécièrent le fait que tout le monde serait logé à la même enseigne. La résolution fût adoptée sur le champ à l’unanimité des voix, avec mise en application immédiate, un soir de la fin des vacances de février.
La louloute s’avéra pire qu’un pit-bull, aucun gros mot ne lui échappait et le malheureux contrevenant tombait invariablement sous le coup du « Recommence ta phrase ! » Tant et si bien qu’un jour, en rentrant de l’école, elle me raconta l’anecdote suivante : le midi à la cantine, un copain avait sorti un gros mot et sans réfléchir, par réflexe, elle lui avait lancé son « Recommence ta phrase ! » Le copain en question l’avait regardée interloqué sans comprendre et elle avait ajouté « Heu… non c’est rien, je me suis crue à la maison ! » Le pauvre n’a pas eu droit à plus d’explications. J’ai dit à la miss que si les jurons la gênaient elle était en droit de le signaler aux autres et de leur demander de dire ce qu’ils avaient à dire sans y mettre de grossièretés : appliquer les règles que nous nous étions fixées à la maison dans le cadre extérieur ne pouvaient nuire à personne au contraire !

Résultats des courses

Le nombre de gros mots diminua spectaculairement. Au bout d’une semaine, le contrevenant se corrigeait de lui-même, si la louloute lui en laissait le temps ! Un jour je demandai à mon ado préférée si elle disait des gros mots au collège. Elle m’avoua qu’elle s’était rendue compte qu’elle en disait beaucoup avant la mise en place de cette astuce mais que depuis, elle en disait nettement moins et qu’à chaque fois qu’elle en sentait un venir elle repensait à notre jeu de surveillance et se reprenait ! Une méthode efficace au-delà de mes espérances !
Au bout de quelques semaines, il ressortit que le plus gros pourvoyeur de jurons était mon mari, suivi de mon ado préférée, puis moi et enfin, la louloute qui, il faut le reconnaître se faisait rarement piéger ! Aujourd’hui, les gros mots ont disparu de notre langage quotidien pour le plus grand confort de tous. Sous la pression de la louloute nous avons même étendu la chose à des mots pas très jolis comme par exemple « gueule » « dégage » « chiotte » « couilles » ou « cul » qui sans être des jurons sont des vulgarités ou sont intégrés dans des expressions vulgaires. Ce qui donne des expressions marrantes du style :

Pourquoi tu me fais la figure ?

Ôte-toi de mon chemin !

Il fait un temps de cabinets !

C’est un casse bijoux de famille !

Je ne vais pas me casser les fesses !

alternative aux jurons

Alors si vous éprouvez le besoin et l’envie de corriger votre langage en retirant les jurons qui s’y glissent parfois sans que vous en aillez réellement conscience, voilà une façon de procéder simple et efficace. Faire attention à son langage c’est faire attention aux autres mais aussi à soi. Cela fait partie du respect du premier accord toltèque : que ta parole soit impeccable. Depuis que je pratique ainsi, je remarque énormément les jurons que les autres emploient. Alors je souris intérieurement et je me retiens à chaque fois de leur lancer « Recommence ta phrase ! »

Prenez soin de vous,

Isabelle.

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Anonyme

J’aime beaucoup la méthode. Dans la même veine de bien-être « J’arrête de râler » est un excellent bouquin. Râler c’est comme jurer, cela ne change rien à la situation et ne nous soulage en rien.
Merci pour l’enrichissement du vocabulaire . J’adore le désespéré de la vie 🙂

Suny
Invité

Je sais, c’est moche, mais j’aime trop la douce sonorité d’un retentissant « p… de b… de m… » pour m’en passer, sans compter l’intense soulagement qu’il me procure quand mon orteil vient de faire un bébé au coin de la table. Je sais adapter mon langage aux personnes que j’ai en face de moi et/ou aux situations, mais pour rien au monde je n’abandonnerais mes petits jurons dans l’intimité… même s’il m’arrive de leur trouver des variantes plus fleuries, juste pour le fun ^^ Cela dit, ça changera probablement le jour où mes potentiels enfants commenceront à m’imiter :p Quand le… Lire la suite »