Marcher dans la neige en pleine conscience ou retrouver son âme d’enfant

Arbre enneigéComme vous le savez ou pas, je suis originaire du sud de la France. Autant vous dire que marcher dans la neige lorsque j’étais petite, ça n’arrivait que très rarement ! J’ai beau habiter l’Isère depuis plus de quinze ans, dès qu’il neige je m’émerveille : une vraie gamine ! Je trouve que tout est magnifique lorsque la neige recouvre le paysage. Même le plus petit cabanon délabré ou la moindre bicoque en ruine reprend du panache sous le manteau blanc. Pour peu que le soleil fasse son apparition et alors ça devient grandiose. Oui je sais je m’enflamme mais que voulez-vous, c’est plus fort que moi ! Et justement la neige a fait son apparition vendredi dernier suivie de son altesse sérénissime le Soleil. Il ne m’en fallait pas davantage pour avoir envie de partager mon émerveillement avec vous !

Cultiver la capacité d’émerveillement

Certains se diront peut-être :

Bon ça va, ce ne sont que quelques flocons, pas de quoi en faire tout un plat !

Ben si ! La capacité d’émerveillement est un puissant moteur de bien-être et de bonheur. C’est quoi l’émerveillement ? La capacité de s’émerveiller. Oui je sais, le Larousse est toujours très laconique. D’ailleurs je me demande souvent qui rédige des définitions aussi inutiles.

Creusons donc un peu et pour cela, je vais vous donner ma définition de la capacité à l’émerveillement. Pour moi, ce n’est pas un don naturel, ce serait plutôt une aptitude qui peut être développée et cultivée par tout le monde. Une compétence relationnelle avec son environnement qui permet à la personne qui en est pourvue de s’ouvrir au monde. Cette aptitude amène l’individu à ne pas seulement voir ce qu’il y a autour de lui mais à regarder. Admirer les détails, apprécier les ambiances, ressentir les choses, les êtres et les lieux. Vivre l’instant de l’endroit dans lequel on se trouve en étant conscient de la beauté en étant capable de s’en étonner et d’en être ébloui. Vous voyez le truc ?

Au printemps je suis souvent à quatre pattes dans les talus, les sentiers, les sous-bois et les prairies pour m’extasier devant une minuscule fleur que je tente de mettre en valeur par la photo. En hiver, c’est presque pareil sauf que j’essaie de capturer des cristaux de glace, le scintillement du soleil sur la neige, l’éclat d’une stalactite de glace accrochée au rebord d’un toit et qui ne sait si elle doit laisser tomber la goutte d’eau suspendue à son extrémité ou la retenir encore un peu. Voilà à quoi peut conduire la capacité d’émerveillement.

Marcher dans la neige

Tombe la neige

Partir marcher dans la neige alors que le soleil brille dans un beau ciel léger décoré de quelques nuages est un bonheur simple et gratuit lorsqu’on habite une zone où le manteau blanc ne relève pas de l’incident météo décennal. En Isère je vois la neige tous les hivers. Certes l’hiver dernier, il n’y a pas eu matière à sortir les luges. Le temps exceptionnellement doux m’a donné l’impression de ne pas avoir eu d’hiver. A toute chose son avantage, nous avons fait des économies de bois de chauffage ! Cette année après presque deux mois sans une goutte d’eau sous quelque forme que ce soit, tout le monde attendait la neige ! C’est paraît-il le premier hiver aussi sec depuis que les relevés météo existent.

Pour vous dire, j’étais inquiète pour les nappes phréatiques et je me demandais s’il ne faudrait pas faire une sorte de danse de la pluie pour arranger les choses. J’imaginais presque que tournoyer les bras en croix en tenue d’Eve sous la pleine lune de décembre donnerait peut-être au ciel une occasion de récompenser mes efforts en faisant tomber la pluie ou la neige ne serait-ce que pour mettre fin au spectacle ! C’est une blague bien sûr ! Je ne sais pas danser.

Marcher dans la neige en conscience

Enfin je n’ai pas eu à donner de ma personne pour sauver le climat local. La neige est tombée en quantité appréciable. Tout ce que j’ai eu à faire, c’était de chausser mes souliers fourrés montants, mes guêtres, d’enfiler un bonnet, des gants, ma parka et zou ! Appareil photo en poche, c’était parti pour marcher dans la neiger les yeux et les oreilles grands ouverts. Niveau vocabulaire, je reconnais que j’étais assez limitée :

Wouaw ! C’est beau !
C’est magnifique !

Champ de neige Montcarra

Montcarra

Que voulez-vous, l’émotion me coupait le sifflet. Mais je me rattrape dans ce billet. Les prairies s’étaient transformées en immenses étendues d’un blanc immaculé. Le vent avait parfois sculpté les talus enneigés formant des incrustations de glace ou des ondulations soyeuses dans lesquelles des éclats scintillaient par milliers. Les maisons étaient devenues des chalets. Les vaches et les chevaux se demandaient où avait bien pu passer l’herbe de la prairie.

Nous avons eu la joie de fouler la neige vierge d’un sentier. J’en chantonnais et je plongeais mes pieds dans la poudreuse la soulevant à chaque pas en gerbes blanches qui retombaient en chuintant. La neige posée sur les branches des arbres soulignait de façon contrastée le graphisme des ramures. Sous l’action du soleil, de petits paquets de poudreuse glissaient au sol dans un bruit de froissement discret.

J’ai eu le plaisir (si, si !) de recevoir un paquet de neige entre le col de ma parka et mon cou ! Hich ! Mon mari m’a sauvée d’une hypothermie localisée en époussetant du mieux qu’il pouvait l’insidieuse poudre blanche. Il fallait faire vite avant que le processus de liquéfaction ne soit démarré, application pratique des cours de physique sur les états de la matière ! Prudente, j’ai ensuite mis ma capuche. Retour à l’émerveillement. Je me suis aperçue que mes chaussures laissaient des empreintes de fleurs, j’étais contente parce que je trouvais ça joli.

Etang de la Feuillée

Étang de la Feuillée

Les étangs étaient à moitié gelés et je me suis demandée où se cachaient mes amis les ragondins. Eux qui apprécient tant la baignade ne doivent guère être à la fête avec un temps pareil. Pas de héron, pas de foulques, pas de canard. Seule la glace, la neige et le scintillement du soleil.

Marcher dans la neige autour de l’étang

Le lendemain, je suis allée marcher à l’étang de Gôle. Ceux qui me suivent depuis un moment le connaissent. Il se trouve en contrebas du Grand Bois.

Etang de Gôle

Étang de Gôle

Il était splendide sous la glace et la neige. Des paquets de neige tombaient des arbres régulièrement (j’avais mis ma capuche).

Debout au bord de l’eau face au soleil, j’ai fermé les yeux. J’ai écouté les bruits environnants. J’ai écouté le glissement des paquets de neiges tombés des branches, leur impact mat au sol, le frôlement schhh sur ma parka ou le plouf dans l’eau de l’étang aux endroits où elle était encore libre. J’ai écouté les cris des corbeaux qui se désolaient de ne plus passer incognito et de ne pas trouver facilement leur pitance. J’ai écouté les aboiements des chiens dans le lointain quelque part. J’ai écouté les cris des jeunes qui glissaient sur leurs luges dans un champ non loin de là. Inspiration profonde et complète, expiration : j’étais au paradis.

Je vous laisse sur cette impression de détente et je vous invite à découvrir la petite vidéo de 6 min que j’ai préparée pour vous faire profiter de mon émerveillement et pour que vous compreniez pourquoi j’en suis à peine revenue. Si vous ne comprenez pas, ce n’est pas grave, un jour viendra…

Isabelle.


Photos : Isabelle Ducau

8 réflexions sur “Marcher dans la neige en pleine conscience ou retrouver son âme d’enfant

  1. antoinette dit :

    Chère Isabelle, merci merci encore mille merci pour votre récit captivant , mais aussi pour la
    vidéo : quelle beauté !!!! votre région est superbe et votre gentillesse à nous la faire connaître et
    partager me fait vous redire : merci merci

  2. Fanny dit :

    Bonjour Isabelle,

    Nous avons eu bien moins de neige dans notre région (en Belgique), mais nous avons réussi à faire un peu de luge, et ce plaisir d’entendre le crissement de la neige quand on marche, un vrai bonheur! Nous avons eu moins de paysages aussi beaux qu’en Isère, les températures étaient juste positives, donc pas de neige qui tenait sur les arbres ou les branches… Et malgré tout, de beaux glaçons, de beaux cristaux de glace sur le pare-brise quand on doit partir le matin. Des petits plaisirs qu’on peut (doit?) savourer! Merci pour ce billet.

  3. Nane dit :

    Que de beaux moments ! Pour une montagnarde exilée sur le littoral atlantique, ça me rappelle de bons souvenirs

    Malentendante, appareillée tardivement, et un de mes premiers émerveillements d’entendante a été « Quand on marche dans la neige, ça fait du bruit !  » … Quelle surprise !

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