Ne faites pas de suppositions : troisième accord toltèque

masque carnaval VeniseVoici le quatrième épisode de notre mini-dossier sur les accords toltèques : ne faites pas de suppositions. Lorsque vous élaborez une supposition sur une personne, vous créez une réalité dans votre tête qui peut très vite vous amener à vous sentir blessé et à en faire une affaire personnelle.
Si vous prenez les choses très à cœur, il se peut même que votre parole ne reste pas impeccable avec cette personne.
Comme nous allons le voir, le troisième accord toltèque est indissociablement lié aux deux premiers. Regardons-le de plus près pour apprendre à l’appliquer et comprendre les avantages que nous avons à le faire.

C’est quoi une supposition ?

Une supposition est une intention que nous prêtons à une personne à propos d’une attitude qu’elle a eue ou d’un acte qu’elle a fait ou de paroles qu’elle a prononcées. Ce peut être aussi une explication que nous fournissons à un événement qui se produit ou à une situation à laquelle nous sommes confrontés directement ou indirectement. La supposition est une invention personnelle issue de notre expérience de la vie et supportée par notre système de croyance. Bien souvent, nous transformons quasi instantanément cette supposition en certitude sans même en avoir conscience. En nous appuyant sur ces « certitudes », il se peut que nous nous sentions agressés ou offensés et là, nous prenons le risque d’en faire une affaire personnelle. Pour éviter cela, ne faites pas de suppositions.

Pourquoi faisons-nous des suppositions ?

L’être humain ne supporte pas de ne pas savoir, de ne pas comprendre ce qu’il se passe autour de lui. Il lui faut des explications. Cela commence très jeune avec le fameux « Et pourquoi ? » des bambins lorsqu’ils entament leur troisième année voire même avant pour certains précoces et ce n’est pas le privilège des seuls enfants. Adultes, nous avons besoin de savoir. Soit les explications sont disponibles et satisfaisantes, soit ce n’est pas le cas et le cerveau ayant horreur du vide élabore vite fait deux ou trois suppositions séduisantes pour nous rassurer devant l’inconnu ! Et là, nous nous disons que bien sûr il s’est passé ci et ça pour qu’on en arrive là ou que c’est évident qu’Untel a dit ça pour telle raison. Et nous pensons avoir tout compris : nous ne trouverons guère mieux comme recette pour souffrir ! Par égard pour vous-même, ne faites pas de suppositions.

Suppositions : en veux-tu ? En voilà !

Nous sommes susceptibles d’élaborer des suppositions dans tout un tas de situations. Nous allons en passer quelques-unes en revue pour comprendre le processus à partir de cas concrets.

Ne faites pas de suppositions dans vos relations aux autres

Nous supposons que les autres voient la vie de la même manière que nous. Lorsqu’ils ne réagissent pas comme nous à un événement, nous ne comprenons pas et aussitôt nous enclenchons une deuxième supposition selon laquelle ils sont méchants, bornés, égoïstes, crétins voire carrément cons ! Et voilà !! Adieu la parole impeccable ! Chacun voit la vie différemment à travers le filtre de son expérience personnelle et de son système de croyance. La supposition selon laquelle les autres sont comme nous fait que nous n’osons pas être nous-même avec les autres. En tous cas, cela n’est pas facile puisque nous supposons qu’ils voient les choses comme nous et donc nous pensons qu’ils vont nous juger comme nous nous jugeons nous-même, aussi durement et aussi impitoyablement.
Un exemple vécu me vient en tête en écrivant ces lignes. Mon ado préférée adore les chansons japonaises et les mangas. Comme elle a l’oreille musicale, elle arrive à retenir les chansons en japonais et à les chanter en karaoké. J’arrive déjà difficilement à retenir les paroles en français, en anglais c’est encore plus hasardeux mais sur le japonais, j’avoue qu’à part quelques mots entendus maintes fois lorsqu’elle est dans sa phase d’apprentissage et qu’elle nous passe la même chanson en boucle 75 fois, je sèche ! Donc je ne sais pas comment elle fait mais ça ne lui pose pas plus de problèmes que ça, elle retient mieux les chansons en japonais que les tables de multiplication. J’en déduis que les tables de multiplication ne nécessitent pas d’avoir l’oreille musicale … Bref ! Je m’égare.
Pour Noël, la miss avait envie de chanter une chanson en japonais à la famille mais elle avait la trouille parce qu’elle supposait alors que tout le monde allait trouver ça bizarre et que son cousin allait se moquer d’elle. Le cousin en question est à peine plus jeune qu’elle et n’a pas sa langue à la poche s’il s’agit de dire ce qu’il pense. Sans vouloir supposer quoi que ce soit, cet état de fait a sans doute joué son rôle dans l’élaboration de la supposition de moquerie… Il a fallu que j’attire son attention sur le fait qu’il s’agissait de suppositions et que tant qu’elle n’aurait pas essayé de chanter elle ne pourrait pas vérifier le bien-fondé de ses craintes. Finalement, après lui avoir dit ce que j’en pensais du point de vue toltèque de la chose et que la décision lui appartenait en dernier ressort, elle a osé.
Que croyez-vous qu’il s’est passé ? Le cousin écarquillait les yeux, la bouche ouverte, scotché, et une fois qu’il a repris ses esprit il a coupé le son du karaoké pour voir si elle chantait vraiment ou si elle nous entourloupait avec un coup de play-back bien rodé. Miss ne s’est pas démontée et à continué à chanter. Le cousin nous l’a joué à la Philippe Katerine. Je coupe le son … Et je … remets le son ! Quand elle a eu terminé, il lui a dit qu’elle assurait, qu’il dirait à ses potes que sa cousine chantait en japonais, etc … Les tatas, tontons, pépé, mémé et compagnie, personne ne s’est moqué. Et mon ado préférée était très heureuse. Basée sur une supposition fausse, si elle avait refusé de chanter, elle se serait privée d’une grande satisfaction personnelle : dommage !

Ne faites pas de suppositions dans vos relations sentimentales

Dans une relation amicale ou amoureuse, nous supposons facilement que l’autre sait forcément ce dont nous avons besoin sans que nous l’ayons exprimé. Ben oui quoi ! Il ou elle me connaît si bien que je ne vais pas lui faire l’affront de lui dire ce dont j’ai besoin ! Mais l’autre a ses préoccupations du moment, ses propres suppositions à traiter (d’ailleurs, il se peut qu’il suppose que je n’ai besoin de rien!) ; il y a fort à parier qu’il ne percevra pas le besoin non exprimé ! Que va-t-il se passer alors ? Je vais en faire une affaire personnelle : s’il ou elle m’aimait vraiment, il ou elle aurait dû y penser ! Allez zou, je vais lui faire un petit reproche gentil … Ah zut ! Adieu ma parole impeccable ! Réfléchissez au nombre de fois où vous commencez votre phrase par « Je suppose que tu … » Ne faites pas de suppositions, vous éviterez bien des drames.
Au début d’une relation, nous avons tendance à ne voir que ce que nous voulons voir ou nous supposons que l’autre va changer par la magie de l’amour. Il n’en est rien bien sûr : l’amour et l’amitié sincères ne sont possibles qu’avec des personnes que nous apprécions pour ce qu’elles sont et telles qu’elles sont. Il est complètement illusoire de croire que les gens changent parce que vous le souhaitez. Les gens changent s’ils le décident eux-même et vous n’avez aucun pouvoir personnel là-dessus. Alors ne faites pas de suppositions de ce genre, vous vous éviterez de grandes déconvenues.

Ne faites pas de suppositions sur vous-même

Non seulement nous supposons sur les autres mais nous supposons aussi sur nous-même. Lorsque je me dis « Je suis tout à fait capable de faire ceci » ou au contraire « Je ne peux pas faire cela » : il s’agit de suppositions puisque tant que je n’ai pas essayé de faire, je ne sais pas si je suis ou non capable. Si je fais des suppositions c’est que je manque d’informations pour apprécier la situation. Je me sur-estime ou je me sous-estime parce que je ne prends pas le temps de me poser les bonnes questions pour savoir ce que je veux vraiment, ce que je connais d’une situation donnée ou les besoins qui sont les miens. S’il est relativement aisé de définir ce que je ne veux pas, il est plus complexe de cerner ce que je veux et pourtant, c’est nécessaire pour ne pas supposer à tort. Ne faites pas de suppositions sur vous-même, vous éviterez de prendre de mauvaises décisions.

Ne faites pas de suppositions sur les faits

Lorsqu’un événement se produit, nous avons besoin de savoir ce qu’il s’est passé et de comprendre. Nous voulons trouver la cause au minimum pour satisfaire notre curiosité ou au mieux pour avoir une solution ou une parade à proposer. Les médias répondent à merveille à notre besoin de savoir et de comprendre ; ils nous informent des faits et supposent ensuite énormément sur le pourquoi du comment : « Il semblerait que blablabla… Selon nos sources patati… Mais l’hypothèse la plus probable est que patata… » Cela va même parfois trop loin et les hypothèses plus ou moins vérifiées ont tôt fait de se transformer en informations puis en certitudes à l’insu de notre plein gré ! D’où les bénéfices non négligeables de la diète médiatique dont je vous ai déjà parlé et qui permet de s’affranchir de cette avalanche de suppositions. D’autant que nous sommes très doués pour supposer tous seuls comme des grands…

Ne faites pas de suppositions échecs pions

Je vais vous donner un exemple personnel. Il y a quelques temps, un de mes voisins a trouvé la mort lors d’un périple à moto qu’il avait entrepris en Amérique du sud. Sa famille s’était inquiétée de sa disparition après plusieurs jours sans nouvelles de sa part. Le silence était anormal étant donné que cet homme tenait un carnet de voyage sur Facebook et publiait très régulièrement photos et vidéos de son aventure. Finalement au bout d’un mois la nouvelle suivante est tombée : le corps du motocycliste français disparu depuis fin décembre au Pérou avait été retrouvé dans un ravin avec sa moto.
Voici les suppositions que j’ai faites : il était mort d’un accident de la route sur sa moto ; puisqu’il était dans un ravin, c’est qu’il avait quitté la route ; c’était donc un accident mortel. Notez que le communiqué de presse était très bref et n’indiquait rien de plus en terme de faits que ce que j’ai écrit plus haut. Je me suis arrêtée là dans mes suppositions mais j’aurais pu continuer en me disant qu’il devait rouler trop vite et que sur les routes tortueuses et dangereuses des Andes péruviennes il avait certainement perdu le contrôle de sa bécane et fait une chute dans le ravin. Voilà ce que j’avais établi par méconnaissance de la situation réelle et besoin de comprendre.
Or, lorsque nous avons eu tous les éléments, la réalité était toute autre : le motard s’était égaré sur une route sans issue qui conduisait au fond d’un ravin ; il était descendu de sa moto, avait retiré son casque et ses gants et gisait allongé sous un arbuste à côté de sa machine posée sur la béquille. Ce n’était pas un accident mais un malaise cardiaque. La route isolée était peu empruntée et c’est un paysan péruvien qui l’a retrouvé alors qu’il passait dans le secteur. Ma supposition de départ était complètement fausse. Des questions subsistent sur lesquelles nous pourrions faire des suppositions : peut-être qu’il a fait un malaise à cause de la chaleur de l’été péruvien, à cause de l’altitude ou de la fatigue de la route ou à cause des trois à la fois… Ce ne sont que des suppositions.

La « suppositionite » a la vie dure

Même lorsque nous avons des explications, il reste toujours la possibilité de faire des suppositions : nous l’avons vu avec l’exemple précédent.

  • Si quelqu’un ne dit rien alors que nous nous attendions à ce qu’il s’exprime, nous allons supposer sur les raisons pour lesquelles il n’a rien dit.
  • Si quelqu’un dit quelque chose, qu’à cela ne tienne, nous allons supposer sur ses motivations et nous lui prêterons des intentions pour justifier ce qu’il a dit.
  • Si quelqu’un dit quelque chose que nous ne comprenons pas, nous faisons des suppositions sur ce que cela veut dire et éventuellement, sans nous en rendre compte, nous les prenons ensuite pour des certitudes : « Untel a dit ceci » alors que c’est seulement ce que nous avons compris de ce qu’Untel a dit.

Mon interprétation personnelle : trouver la parade anti-suppositions

Accepter les autres

Ne faites pas de suppositions selon lesquelles vous allez changer les autres. Acceptez-les comme ils sont et s’ils ne correspondent pas à ce que vous attendez, cessez la relation. Cela paraît peut-être un peu radical mais si vous persistez vous entretiendrez des relations toxiques pour vous-même.

Remettez-vous en questions

Ne croyez pas tout savoir d’une situation, évitez les a priori et les opinions basées sur des « On dit » Confrontez les avis, changez votre point de vue. Demandez-vous pourquoi les choses sont ce qu’elles sont. Soyez sûrs d’avoir tous les éléments en main avant de juger d’une situation. En résumé, prenez du recul.

Posez des questions

N’extrapolez pas, n’inventez pas l’information que vous n’avez pas. Ne faites pas de suppositions sur les motivations d’une personne, posez-lui plutôt la question clairement et simplement : « Pourquoi tu dis que ceci… » ou « Pour quelles raisons tu as fait cela… » Demandez des explications lorsque ce n’est pas clair pour vous. Ne faites pas semblant d’avoir compris une explication : dites clairement que vous n’avez pas compris, vous risquerez moins que de laisser supposer le contraire !
Les suppositions nous empêchent justement de poser des questions. Nous avons des croyances limitantes dans ce domaine.

  • « C’est indiscret de demander »
    Posez des questions et ne faites pas de suppositions. Si une personne aborde un sujet en votre présence, c’est bien que vous pouvez poser toutes les questions que vous voulez. Si elle ne voulait pas que le sujet soit abordé, cela dépend uniquement d’elle et elle n’en aurait pas parlé devant vous. Au pire, si elle ne veut pas répondre à vos questions c’est son droit ; mais vous, c’est votre droit de les poser.
  • « Si les autres m’aiment, ils doivent savoir ce dont j’ai besoin ou comment je me sens »
    Un besoin non exprimé n’est jamais clair aux yeux des autres. Lorsque nous étions nourrissons, nous n’avions d’autres choix que pleurer pour exprimer nos besoins. Besoin de câlins ? Ouiiiin ! Besoin de manger ? Ouiiiin ! Besoin de dormir ? Ouiiiin ! Mais aujourd’hui nous disposons de la parole qui nous manquait tellement alors ! Ne faites pas de suppositions, utilisez votre parole pour poser des questions.
  • « Si je crois en quelque chose, j’ai raison et les autres ont tort »
    Nous avons déjà parlé du jeu de qui a raison dans l’article sur le deuxième accord toltèque : c’est un jeu où personne ne gagne, chacun voyant les choses selon son propre système de croyance. Il faut garder à l’esprit que les autres ne voient pas forcément le monde comme nous et ne jugent pas les situations de la même manière que nous.

Ce troisième accord est aussi simple que les deux autres et aussi difficile à appliquer. Rappelez-vous que c’est la persévérance qui paie : mettez en pratique jour après jour et l’habitude se prendra et vous donnera de la liberté.
Dans le prochain billet, nous aborderons le dernier des quatre accords toltèques : faites toujours de votre mieux. Je suppose que c’est ce que vous faites chaque jour… Ah ! Mince ! Ne pas faire de suppositions ! Oui, je sais, c’est difficile… Portez-vous bien.

Isabelle.


Photos : CC0 Pixabay

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2 Commentaires sur "Ne faites pas de suppositions : troisième accord toltèque"

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Anaïs
Invité

Je sais que tu as pensé a moi en l’écrivant, j’en suis même perduadée mais t’inquiète j’y travaille. Ne jamais faire de suppositions ! Il faut toujours ecouter sa maman !

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