Ralentir pour prendre le temps de vivre

Piège à rêveAlors Madame ? Remise du branle-bas de combat de la rentrée ? Et vous Monsieur, avez-vous récupéré de la course frénétique de la reprise ? Les vacances ne seraient-elles déjà qu’un lointain souvenir ? Gonflées à bloc par les bonnes résolutions ou décidés à tout changer, comment vous sentez-vous toutes et tous ? Et si vous preniez le temps ? Ralentissez et posez-vous, au moins le temps de vous demander ce qui est important pour vous. Ce dont je vais vous parler, c’est de prendre le temps de vivre tout simplement.

C’est l’office de tourisme d’Aix-les-bains qui m’a inspiré l’idée de ce billet. Ils m’ont contacté en début de mois pour me demander ma conception de la slow life afin d’agrémenter un billet de leur blogue sur le sujet. Intéressant bien sûr ! Oui mais voilà, il fallait s’exprimer en quatre lignes : frustrant ! Donc je me suis dit que je pourrais y revenir à travers un billet. Et nous y voilà.

Qu’est-ce qui nous pousse à courir après le temps ?

Lorsque ma fille m’a demandé pourquoi nous devions travailler, je lui ai expliqué que c’était pour pouvoir vivre : acheter de la nourriture, des vêtements et avoir un logement confortable où s’abriter. Objectivement, selon l’INSEE, sur la part des revenus des français en 2015, l’alimentation représente 10,1 % des dépenses, le logement représente 19,9 % et l’habillement 2,9 %. C’est à dire que nous consacrons en moyenne 1/3 de notre budget pour vivre. Et que fait-on des 2/3 qui restent ? Par ordre d’importance dans le budget, on dépense pour les transports, les loisirs et la culture, les hôtels, cafés et restaurants, l’équipement du logement, la santé, l’alcool et le tabac, les communications et l’éducation. Si je considère ces chiffres, certaines choses sont troublantes. On dépense autant dans les transports que dans l’alimentation. On consacre autant d’argent à l’alcool et au tabac qu’aux vêtements et aux chaussures (ah ouais…). Il est intéressant de voir que nous nous soignons pour ensuite nous ruiner la santé avec l’alcool et le tabac (OK…)

Il nous faut de l’argent pour partir en vacances, acheter des équipements pour la maison, avoir une voiture et nous procurer toutes sorte de biens et de services dont on se serait peut-être très bien passé si la publicité ne nous avait pas suggéré le fait qu’ils étaient indispensables pour accéder au bonheur… Notre société de consommation repose sur l’idée que le bonheur ça s’achète donc pour que l’économie continue de ronronner il faut susciter sans cesses de nouvelles envies. Je ne parle pas là de besoins parce qu’on n’a pas besoin du dernier smartphone pour vivre par contre la publicité nous laisse supposer que si nous l’avions notre vie serait plus facile, meilleure ou toute autre poudre aux yeux destinée à susciter l’envie. Cela me rappelle une discussion avec ma louloute sur les jouets. Elle se plaint parfois de s’ennuyer alors que sa chambre déborde de jouets. Très souvent aussi elle joue sans ses jouets… Ce jour-là je lui ai dit :

Tu as besoin de jouer mais tu n’as pas besoin de jouets !

Bon j’avoue, j’ai du écrire la phrase au tableau ! La société de consommation repose sur la croissance illimitée en générant toujours plus d’envie chez les humains alors que nous vivons dans un espace clos dont les ressources naturelles sont limitées. Aberration s’il en est. Et pourtant cela a l’air de fonctionner (l’air seulement). Certaines et certains se demandent quand le système va imploser mais d’autres ne se posent pas de questions. Quoi qu’il en soit nous sommes tenus par ces envies qui pour être satisfaites nécessitent d’engager toujours plus de dépenses et donc de faire rentrer toujours plus d’argent et donc de travailler. Les humains de nos sociétés occidentales me font penser à des esclaves.

Que se passerait-il si nous ralentissions ?

A accélérer indéfiniment on va droit dans le mur ou on crame le moteur. C’est ce que pointe très justement un écolier de CM2 dans le film de Gilles Vernet « Tout s’accélère ». Notre corps a ses propres limites tout comme la planète Terre et il convient de s’en souvenir ou à défaut il vous le rappelle brutalement. C’est ce qu’il m’est arrivé en 2015 et c’est depuis ce burn-out que j’ai commencé à me poser (contrainte et forcée, je dois bien le reconnaître). En me posant, je me suis reposée et puis lorsque j’ai réussi de nouveau à connecter deux neurones ensemble, j’ai commencé à me poser des questions.

Prendre le temps de contempler le Grand Colombier

J’ai réfléchi à mon mode de vie, à certaines habitudes que j’avais… Ralentir permet une chose qu’il est impossible de faire lorsque nous sommes le nez dans le guidon en permanence : réfléchir, considérer les choses pour ce qu’elles sont. Avant le burn-out, je travaillais beaucoup, comme je suis une bonne mère je prenais mes RTT le mercredi pour être avec les enfants et il me restait peu de temps à côté. En sortant du travail j’allais faire les courses au supermarché, j’achetais des plats tout prêts parce que j’avais pas trop le temps de cuisiner…. Quand je passais les rayons en revue pour choisir ce dont j’avais besoin, je tombais sur toutes sortes de bonnes affaires que je n’aurais pas eu l’idée d’acheter si on ne me les avait pas mises sous le nez. La qualité médiocre de la nourriture conjuguée au stress quotidien est un bon terreau pour la fatigue, les difficultés à avoir un sommeil réparateur et les problèmes de santé. Ce que nous ne dépensons pas en alimentation de qualité nous le dépensons en soins de santé. C’est Hippocrate qui disait :

Que ton aliment soit ton médicament

Ça ne date pas d’hier Hippocrate ! Pourtant, nombreux sont ceux qui ont oublié ces sages injonctions. Ralentir m’a permis de reprendre ma vie en main. J’ai déserté le supermarché au profit de mon drive bio local, du marché et des moyennes surfaces spécialisées en alimentation bio, locale et de saison. Oui oui, drive bio local, ça existe. Il s’agit d’une association qui regroupe plusieurs producteurs bio locaux qui vendent directement au consommateur. Quelques clics pour réserver les produits sur Internet et on passe récupérer sa commande au point de retrait. Cuisiner simple et savoureux ne prend pas tellement de temps, permet de ne pas gaspiller et de bénéficier d’une alimentation de grande qualité. Depuis deux ans, je n’ai mis les pieds dans une pharmacie que pour acheter une lotion anti-poux et du bicarbonate de sodium ultra-fin… Ce n’est qu’un exemple pour vous inviter à réfléchir. Alors bien sûr, je ne recommande pas le burn-out ! Simplement, que ce soit le burn-out ou autre chose, il suffit d’un déclic, d’une prise de conscience pour commencer à se dire :

Non mais attends… Qu’est-ce qui est important pour moi ? Je veux dire, qu’est-ce qui est vraiment important à mes yeux ?

ascension de la Grande Sure

Ma vision de la slow life

Tourner le dos à la société de consommation

Pour moi, ralentir pour prendre le temps de vivre passe par sortir de l’hyper-consommation. Si je consomme moins, j’ai besoin de moins d’argent et si je consomme intelligemment, j’ai le pouvoir de faire changer les choses. Un euro bien investi est plus puissant qu’un bulletin de vote. A chaque fois que je dois acheter quelque chose, je me pose la question de la pertinence de cet achat. Je regarde quelles sont les alternatives. Si un objet ou un appareil est cassé, je regarde s’il est possible de le réparer pour prolonger sa durée de vie pour ça, le Repair Café est un réflexe à avoir. Il n’y en a pas près de chez vous ? Créez-en un ! C’est ce qu’on a fait à la Tour du Pin.

La carte bancaire est une arme de changement massif. Elle sert à façonner le monde que vous voulez pour demain. Un produit qui n’est plus acheté n’est plus fabriqué. Je pense que nous ne devons pas attendre tout des politiques et des réglementations même si certaines actions vont dans le bon sens, c’est trop lent, c’est trop lourd. Nous avons tous collectivement une responsabilité dans la configuration du monde actuel et un pouvoir à utiliser pour façonner celui que nous voulons voir émerger. Je me soucie de savoir où et comment sont fabriqués les produits que j’achète. Mon achat valide le modèle utilisé, il est important que je garde cela en tête. Consommer moins pour consommer mieux c’est aussi encourager l’économie locale, recréer du lien social et contribuer au développement durable de la communauté locale. Réparer, bricoler, faire preuve de créativité et d’ingéniosité, c’est aussi très gratifiant.

Offrir des cadeaux durables

De plus en plus, lors des anniversaires ou des fêtes de fin d’année, nous offrons des moments et des expériences plutôt que des biens à durée de vie limitée : randonnée à cheval, stage de poterie, journée nature primitive, journée de randonnée pédestre au Monal, repas au restaurant, spectacle de marionnettes… Cela crée des souvenirs qui restent dans la mémoire et des expériences qui viennent enrichir notre vie. Lors de la journée primitive que j’ai offerte à ma louloute pour ses 10 ans, accompagnées d’une herbaliste nous avons cueilli des plantes sauvages, découvert leurs propriétés et leurs particularités et cuisiné ces plantes dans diverses préparations (galettes aux orties, pesto de plantain aux noix, beignets de fleurs de carottes…). Nous avons aussi appris à fabriquer un kazou et un piège à rêve. Sous la direction d’un paléoanthropologue, nous avons allumé du feu avec un archet, nous avons cuit le repas sur le feu, nous avons appris à lancer des sagaies, à tailler des silex, à dessiner des mammouths, des ours ou des chevreuils et nous avons découvert plein de choses intéressantes sur nos ancêtres… Pendant la journée ma louloute est venue plusieurs fois me dire :

C’est trop génial ! C’est trop bien ! J’adore !

Lancer de sagaie à la journée primitive

Consommer des moments gratuits

Aujourd’hui, tout ce qui n’a pas une étiquette avec un prix est jugé sans valeur par notre système économique. Quelle est la valeur d’un lever de soleil sur les montagnes ? Quelle est la valeur d’une balade dans les bois ? Quelle est la valeur d’une virée avec mon ado préférée pour ramasser des mûres ou des cynorrhodons ? Quelle est la valeur de l’ascension de la Grande Sure en Chartreuse avec mon mari ? Quelle est la valeur d’une partie de Dobble avec ma louloute ? Zéro ! Tout cela ne vaut rien économiquement parlant. Pourtant à mes yeux, cela vaut très cher. Ce sont des moments de reconnexion à la nature, des moments où je me souviens que je suis faite de la même matière que les arbres et les montagnes, des moments où je partage avec mes proches. Tous ces moments sont pour moi d’une richesse extrême. Je préfère gagner moins d’argent, partir moins en vacances ou moins loin et passer plus de moments comme ceux-ci.

Prendre du temps pour soi.

La valeur que j’accorde à ma propre personne est proportionnelle au temps que je me donne pour m’occuper de moi-même. Ralentir c’est aussi s’occuper de soi. Ce n’est pas égoïste contrairement à ce que la morale judéo-chrétienne aurait tendance à nous faire croire. S’occuper de soi est la base pour pouvoir ensuite être disponible pour celles et ceux que nous voulons soutenir, écouter ou aider. Il y a plein de manières de s’occuper de soi. Investir quelques euros dans la pratique d’une activité artistique ou sportive, ou bien pratiquer des disciplines comme le yoga, la méditation ou la sophrologie ou même simplement prendre le temps de se poser pour lire, contempler, écouter les oiseaux. Décider d’aller marcher seul, de partir aux champignons, de jardiner, de prendre son vélo pour une balade improvisée… Tout ne nécessite pas de dépenser de l’argent et quand bien même, ce que vous dépensez pour prendre ce temps pour vous vous sera rendu sous la forme d’une meilleure santé liée à un meilleur équilibre et une hygiène de vie améliorée.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur cette idée de prendre du temps pour vivre. Si les prises de conscience surgissent à la faveur d’une épreuve de la vie ou au détour d’une lecture, d’un film ou d’une conversation, je me dis que peut-être mon billet vous amènera à vous poser quelques questions salutaires. Dans l’intervalle, prenez soin de vous, vous le valez bien !

Isabelle.


Photos : Isabelle Ducau et Ralph Grillot

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Eusèbe Jacqueline
Invité
Eusèbe Jacqueline

19.9 % du budget dédiés au logement ? Quelle chance ! vous faites partie des privilégiés. Pour beaucoup c’est 33 % soit 1/3 de leur budget… et quand on voit l’augmentation du carburant, ce poste-là tend à exploser. La qualité de l’alimentation est souvent sacrifiée. Alors le temps pour soi-même…c’est la pratique de tout un art pour ne pas stresser sur le devenir économique…

Nadia
Invité
Nadia

Bonjour Isabelle, encore une fois, très belle analyse à laquelle j’adhère de tout coeur. Quand tu parles de ton burn out qui t’a amené à cette/ces prises de conscience j’ai l’impression de m’entendre. Je n’en suis pas encore à remercier le burn out mais pas très loin. Le temps : rien de plus évanescent, de plus insaisissable. Il n’a aucune réalité physique, aucune consistance, mais l’Homme a réussi à le mesurer,à l’enfermer d’une certaine manière donc à s’enfermer lui-même, à se piéger. Nous avons réussi à transformer le temps en argent, à le rendre matériel. A présent le temps est… Lire la suite »

Cindy
Invité

Bonjour Isabelle et merci pour ce sujet qui me tient particulièrement à cœur. Pour ma part, passer du temps en nature est un de mes rituels quotidiens pour ralentir le rythme et calmer mon agitation intérieure 😉

Janet
Invité
Janet

Bonjour Isabelle, Super sujet de réflexion pour un début de semaine! « Ralentir c’est aussi s’occuper de soi. Ce n’est pas égoïste contrairement à ce que la morale judéo-chrétienne aurait tendance à nous faire croire. » Je ne crois pas que nos sagesses anciennes cherchent (ou cherchaient) notre culpabilisation dans le ralentissement de l’action. L’ Ecclésiaste 4:6 écrit « Mieux vaut une poignée de repos que deux poignées de travail et de poursuite du vent. » Ce texte ancien tombe sous le bon sens. En fin, il me semble…. A la réflexion, ce qui m’apparait intéressant, c’est que ce verset biblique a été écrit… Lire la suite »